Programme
L'anamnèse: en accomplissant l'ordre qu'elle a reçu du Christ par
l'intermédiaire des Apôtres, l'Eglise fait mémoire du Christ lui-même,
en célébrant principalement sa bienheureuse Passion, sa glorieuse Résurrection
et son Ascension dans le ciel.
L'offrande : au coeur de cette mémoire, l'Eglise et surtout celle
qui est actuellement rassemblée, offre au Père, dans le Saint-Esprit,
la victime sans tache... (Présentation générale du Missel romain ,
PGMR no. 55 e-f).
Points d'attention
L'anamnèse (du grec mnêmê: mémoire) désigne l'acte de
faire mémoire. Elle est énoncée par le prêtre lorsque, après le récit
de l'institution, il reprend la prière: "Faisant ici mémoire...
nous t'offrons..." (Prière eucharistique 2). On est là, au
coeur de l'eucharistie: mémorial et offrande, action de grâce et
sacrifice. "C'est pourquoi nous aussi, tes serviteurs, et ton
peuple saint avec nous, faisant mémoire de la Passion bienheureuse de
ton Fils, Jésus-Christ, notre Seigneur, de sa Résurrection du séjour
des morts et de son Ascension dans le ciel, nous te présentons cette
offrande..." (Prière eucharistique 1).
Ce qui a très heureusement donné beaucoup de relief à l'anamnèse,
c'est que Vatican II - en s'inspirant des rites orientaux (Syrie,
Egypte) - ait introduit une acclamation d'anamnèse confiée à
l'assemblée par laquelle celle-ci s'adresse au Christ et "le
loue pour le mystère central de sa mort et de sa Résurrection dans
l'attente de sa venue en gloire" (Missel noté de l'assemblée,
p. 133). Les fidèles, se reconnaissant en présence du Christ,
s'adressent directement à lui: c'est la seule fois dans toute la prière
eucharistique; et cela revient à l'assemblée! Dans toutes les prières
eucharistiques - sauf celles pour assemblées d'enfants -
l'acclamation que l'assemblée adresse au Christ, immédiatement après
le récit de l'institution, précède l'anamnèse présidentielle,
adressée au Père, qui associe mémorial et offrande.
- Il y a dans l'acclamation d'anamnèse chantée par le peuple un
paradoxe intense: les chrétiens croient à la présence du
Seigneur "toujours là auprès de son Eglise, surtout dans
les actions liturgiques... présent dans le sacrifice de la
messe... et au plus haut point sous les espèces
eucharistiques" (Constitution sur la sainte liturgie no. 7);
pourtant l'Eglise les invite à crier "Viens!". Le
Seigneur est présent sous la forme du pain et du vin que l'Esprit
a sanctifiés, mais ce que fait l'Eglise, célébrant sa liturgie
eucharistique, elle le fait toujours dans l'attente de la venue du
Seigneur dans la gloire: "chaque fois que vous mangez ce pain
et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du
Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne" (1 Co 11,26). C'est
pourquoi il est capital que cette acclamation d'anamnèse fasse
mention de cette attente de la venue du Seigneur. L'eucharistie
est le sacrement que célèbre l'Eglise parce que le Seigneur
n'est pas encore revenu.
- Faire mémoire, c'est: se fonder sur un événement du salut,
historique et passé: "Gloire à toi qui étais mort";
pour en annoncer l'actuelle réalisation, surtout à
l'eucharistie: "Gloire a toi qui es vivant"; et en
appeler la réalisation en plénitude: "Viens, Seigneur Jésus!"
L'anamnèse est un acte de foi, puisque le peuple chrétien reconnaît
la présence du Christ sous la forme du pain et du vin. "Que la
foi vienne suppléer à nos sens et à nos limites", disait déjà
le Tantum ergo! Mais cette présence cachée appelle ce que
saint Paul nomme la "claire vision": "Nous cheminons
dans la foi, nous cheminons sans voir [hors de la claire
vision]." (2 Co 5,7) jusqu'à ce jour où nous le verrons face à
face (1 Co 13,12).
Bien que cela ne soit pas dit dans la PGMR, il va de soi que (même
dans un petit groupe) c'est la forme chantée qui convient le mieux à
l'acclamation d'anamnèse faite par l'assemblée. Ce serait, non
seulement dommage, mais une erreur que de la réserver à la seule
chorale, puisqu'y est dit le mystère central de la foi. Comme ce
serait, non seulement dommage, mais une erreur qu'elle ne contienne
pas les trois dimensions du "faire mémoire" et ne s'adresse
pas au Christ.
Enfin, puisque cette acclamation se fait en présence du Christ,
tous sont tournés vers l'autel pendant son chant - y compris
l'animateur et les différents ministres! - tandis que le prêtre qui
ne chante que l'invitation s'associe au chant de l'assemblée par le
regard lui aussi tourné vers les saintes espèces et par une attitude
priante, avant de s'adresser de nouveau au Père.